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Le graou a développé une méthode de recherche par le dessin, plaçant cet outil au cœur de ses pratiques d’enquête de terrain, de représentation et de transmission. Cette méthode repose sur trois grandes étapes complémentaires : Étudier, Figurer et Discuter. 

Étudier : le dessin pour comprendre

L’étude débute par une immersion sur le terrain, où le dessin devient l’outil principal d’observation et d’analyse. Cette phase vise à produire des connaissances approfondies sur les spécificités d’un lieu, ses dynamiques spatiales, sociales et climatiques. Le graou privilégie une pratique du dessin in situ et à la main qui impose un temps long et une attention accrue à l’environnement. Ce choix méthodologique permet de capter des détails souvent ignorés dans les approches classiques.

Cette étape permet une approche multisensorielle durant laquelle chaque trait traduit un ressenti ou une donnée perceptible, et révèle ce qui est parfois invisible dans l’espace architectural et urbain. Cette méthodologie privilégie une rencontre directe avec le terrain, où le dessinateur –  par sa présence prolongée et visible – dialogue implicitement avec le lieu et ses usager.e.s. Cette posture active enrichit non seulement la production graphique, mais aussi la relation entre l’observateur et l’espace étudié.

D’autres outils sont mobilisés pour enrichir cette exploration, comme la photographie, la vidéo ou les entretiens. Ces médiums offrent une vue d’ensemble, tandis que la lenteur et précision du dessin favorise une compréhension sensible et intellectuelle des espaces.

Chaque mission aboutit à une documentation détaillée, souvent présentée sous forme de carnets de recherche, où les relevés graphiques s’entremêlent avec des notes et des réflexions. Ces carnets constituent une base précieuse pour les phases suivantes.

Figurer : le [re]dessin pour créer de la connaissance

Une fois les données collectées, la phase de figuration vise à traduire les observations en représentations claires et communicables. Le redessin – effectué en atelier – permet de retravailler les croquis bruts réalisés sur le terrain afin de leur donner une cohérence graphique et narrative. Cette étape est essentielle pour transformer le dessin en un véritable support de transmission. Dans ce processus, le dessin redessiné devient une forme de narration architecturale, capable d’articuler le dialogue entre espace, pratique sociale et temporalité.

Le processus de figuration est orienté vers une thématique précise, choisie en fonction des enjeux de la recherche. Par exemple, il peut s’agir de mettre en lumière les qualités spatiales d’une architecture vernaculaire ou d’illustrer les interactions entre les usagers et leur environnement. Les productions finales incluent des plans, coupes, élévations ou schémas analytiques, présentés selon les codes de représentation architecturaux. Ces représentations ne se limitent pas à des descriptions statiques mais explorent les dynamiques d’usage et les récits sous-jacents d’un lieu, enrichissant ainsi leur portée pédagogique et culturelle.

Cette étape permet de rendre perceptibles les caractéristiques essentielles des lieux étudiés, offrant ainsi une lecture enrichie des données collectées. Elle facilite également la diffusion de connaissances auprès de différents publics [professionnels, scientifiques, grand public, etc.]

Discuter : le dessin pour diffuser et débattre

La dernière étape consiste à partager et mettre en débat les résultats et la méthode auprès d’une audience élargie. Le graou organise des expositions, des ateliers, des conférences ou encore des publications pour engager un dialogue autour des savoirs produits. Cette phase de discussion est cruciale pour tester la validité des propositions, recueillir des retours et stimuler des échanges interdisciplinaires. Ce processus de diffusion inclut également des interactions avec les communautés qui vivent les espaces étudiés. Le dessin devient alors un outil de médiation et d’échange capable de dépasser les barrières linguistiques ou culturelles.

En confrontant les résultats aux regards extérieurs, cette étape enrichit les réflexions et ouvre des perspectives d’application concrètes. Elle vise également à favoriser l’appropriation des connaissances par différents acteurs, qu’il s’agisse de collectivités locales, de praticiens ou d’étudiants.

La méthode du graou dépasse le cadre purement académique pour s’inscrire dans une démarche engagée. Elle valorise le dessin comme un outil heuristique, capable de révéler des dynamiques invisibles et d’encourager une approche sensible et critique de l’architecture. À travers ses recherches, le graou explore des territoires divers, met en lumière des pratiques locales et propose des solutions adaptées aux enjeux socio-environnementaux contemporains.

Cette approche interroge le rapport entre le chercheur et l’espace, mettant en avant le potentiel du dessin à formuler ce qui ne peut être exprimé verbalement ou textuellement.


   Recherche par le dessin à Ho chi minh-ville dans le cadre d’une résidence à la Villa Saigon de l’Institut Français du Vietnam en 2023. Ce travail à donner lieu à deux expositions à Paris et à Ho chi minh-ville ainsi que de plusieurs discution autour du travail de dessin sur le terrain. Dessins par Margot Stuckelberger, Thomas Brun, Lucie Perrier, Achille Pelletier, Cyril Costes